Un besoin d’infrastructure massif pour le stockage géologique du carbone
Selon une étude récente du cabinet d’ingénierie énergétique Xodus intitulée CCUS Enabling Infrastructure Study, l’Europe devra considérablement accélérer le développement de ses capacités de transport maritime de dioxyde de carbone. Pour atteindre les objectifs de décarbonation, le continent aura besoin d’une flotte dédiée d’environ 65 navires transporteurs de CO2 et de 33 ports spécialisés d’ici 2050.
Cette transition est cruciale, car les volumes de carbone capturés en Europe devraient exploser, passant de 70 millions de tonnes par an (mtpa) en 2030 à plus de 320 mtpa en 2050.
| Navires requis (2050) | 65 transporteurs de CO2 (capacité moyenne de 15 000 t) |
| Ports nécessaires (2050) | 33 ports équipés d’infrastructures de chargement |
| Captures de CO2 (2030 -> 2050) | 70 mtpa en 2030 -> 320 mtpa en 2050 |
| Transport maritime de CO2 | 79 mtpa transportés par navire d’ici 2050 |
Sommaire
- La montée en puissance du transport maritime de CO2
- Le rôle pionnier de la France et l’opportunité pour le Maroc
- Un défi industriel inspiré du gaz de pétrole liquéfié
- L’essentiel à retenir
La montée en puissance du transport maritime de CO2
Bien que le transport de CO2 s’effectue principalement par canalisations terrestres, la voie maritime restera indispensable pour connecter les émetteurs industriels isolés aux sites de stockage sous-marin. Les projections de Xodus montrent que la part maritime doublera pour atteindre 79 mtpa en 2050.
Le calendrier opérationnel impose de disposer de 22 navires d’ici 2030, pour culminer à 65 navires en 2050. Cette montée en charge rapide exige des investissements immédiats dans les terminaux portuaires pour éviter un goulot d’étranglement logistique.
Les experts s’accordent à dire que la mer du Nord servira de laboratoire et de référence mondiale pour le déploiement de ces infrastructures de capture et stockage (CCUS).
Le rôle pionnier de la France et l’opportunité pour le Maroc
En France, cette dynamique s’inscrit directement dans les projets de décarbonation des grands ports industriels. Des hubs comme Le Havre, Dunkerque et Marseille-Fos (notamment le projet Pycasso) planifient déjà la création de terminaux d’exportation de CO2 pour expédier le carbone industriel vers des zones de stockage géologique en mer du Nord ou en Méditerranée.
Pour le Maroc, qui aspire à devenir un leader mondial de l’hydrogène vert et des carburants propres, le développement de technologies portuaires de transport de gaz liquéfié représente une opportunité majeure. Le port de Tanger Med pourrait à terme s’intégrer dans ces futurs corridors maritimes écologiques reliant l’Europe à l’Afrique du Nord.
Cette transition offre également aux chantiers navals et aux prestataires logistiques locaux l’occasion de se positionner sur un marché de niche à très haute valeur ajoutée.
Un défi industriel inspiré du gaz de pétrole liquéfié
Le principal défi pour l’industrie maritime n’est pas technologique, mais d’échelle. Comme le souligne James McAreavey, directeur mondial du CCUS chez Xodus, les technologies de liquéfaction et de transport réfrigéré de CO2 sont déjà éprouvées dans le secteur du GPL (Gaz de Pétrole Liquéfié).
Il s’agit désormais de standardiser les navires (avec une capacité moyenne de 15 000 tonnes) et d’harmoniser les protocoles de sécurité portuaire au niveau européen pour permettre une circulation fluide.
La réussite de ce réseau hybride (pipelines et navires) sera la clé de voûte de la décarbonation des industries lourdes européennes, telles que la cimenterie et la sidérurgie.
L’essentiel à retenir
- Objectif 2050 : L’Europe doit se doter de 65 navires transporteurs de CO2 et équiper 33 ports spécialisés pour stocker le carbone.
- Projets français : Les ports de Marseille, Dunkerque et Le Havre préparent activement leurs terminaux pour l’exportation de CO2 industriel.
- Technologie maîtrisée : Le transport s’appuiera sur le savoir-faire logistique éprouvé du transport maritime de GPL, facilitant le passage à l’échelle.