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Le spectre d’un naufrage juridique : 400 ans de liberté des mers menacés par l’axe Washington-Téhéran

Alors que les tensions s’exacerbent entre les États-Unis et l’Iran, c’est l’un des piliers fondateurs du commerce mondial qui vacille.

La Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), héritière de quatre siècles de batailles navales et de compromis diplomatiques, risque d’être balayée, remettant en cause la sacro-sainte liberté de navigation.

Un avertissement pour l’économie mondiale

Le constat est sans appel et résonne comme un avertissement pour l’économie mondiale. Selon l’éminent chroniqueur maritime Andrew Craig-Bennett, les récents soubresauts géopolitiques impliquant les États-Unis et la République islamique d’Iran ne sont pas de simples incidents diplomatiques.

Ils portent en eux les germes d’une remise en cause fatale de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). Un édifice juridique qui garantit, à ce jour, le flot ininterrompu de la marine marchande à travers le globe.

Les racines historiques de la liberté maritime

Pour comprendre la gravité de la situation, il faut remonter le fil de l’histoire. Cette liberté de naviguer en haute mer, que nous tenons aujourd’hui pour acquise, n’a rien d’une évidence naturelle.

Elle puise ses racines en 1609, sous la plume du juriste néerlandais Hugo Grotius. Dans son traité magistral « Mare Liberum », il est le premier à théoriser que les océans n’appartiennent à personne et, par conséquent, à tout le monde.

Une doctrine peaufinée par la suite, fixant notamment la limite de la souveraineté territoriale à la portée d’un boulet de canon, soit trois milles marins, grâce aux travaux de Cornelis van Bijnkershoek et Ferdinand Galiami.

À lire aussi : Entre blocus naval et espoir de trêve : le commerce maritime mondial en sursis

De l’hégémonie britannique à la surveillance américaine

Historiquement, ce concept de liberté ne s’est pourtant imposé que par l’hégémonie navale. Après les victoires retentissantes de l’amiral Nelson au début du XIXe siècle, la Royal Navy britannique s’est érigée en unique gendarme des mers.

Cartographie des océans, éradication de la piraterie et abolition de la traite négrière : Londres a imposé la libre circulation maritime par les armes avant de l’ancrer dans l’idéologie du libre-échange. Épuisée financièrement par la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne a finalement cédé ce rôle de vigie mondiale à l’US Navy dans les années 1960.

Un équilibre très fragile

Pourtant, contrairement aux Britanniques, la marine américaine, confrontée au déclin structurel de sa propre flotte marchande d’après-guerre, a toujours entretenu un rapport plus distant avec la protection inconditionnelle du commerce maritime civil.

Aujourd’hui, le comportement unilatéral de Washington et les ripostes asymétriques de Téhéran font trembler ce fragile consensus séculaire.

Une régression historique ?

Alors que la mondialisation repose entièrement sur l’industrie du conteneur, l’informatique et les pavillons de complaisance, l’armateur moderne avait presque oublié les risques inscrits dans les anciens contrats d’assurance de la Lloyd’s : actes de guerre, saisies de princes et piraterie.

En bafouant l’esprit d’une Convention que la communauté internationale a mis tant de temps à codifier — et que les États-Unis refusent toujours de ratifier —, c’est un retour en arrière spectaculaire qui s’amorce.

Quatre siècles d’efforts pour garantir la liberté maritime menacent aujourd’hui de sombrer dans les abysses de la realpolitik.

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