Alors que le trafic dans le détroit d’Ormuz s’est effondré de 97 % depuis sa fermeture de facto fin février, une nouvelle attaque iranienne contre un porte-conteneurs vient raviver le spectre des chocs pétroliers des années 1970. Entre blocus américain, flotte de l’ombre en expansion et crise humanitaire sans précédent pour les marins, les dirigeants et directeurs de la supply chain doivent se préparer à une année 2026 d’une turbulence historique.
L’ombre de l’embargo pétrolier des années 1970 plane à nouveau sur l’économie mondiale, mais avec une dimension contemporaine nettement plus violente. Dans une nouvelle escalade des tensions, un porte-conteneurs battant pavillon libérien a subi de lourds dégâts au niveau de sa passerelle après avoir essuyé des tirs d’une vedette du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien. L’attaque, survenue à 15 milles nautiques au nord-est des côtes d’Oman, s’est produite à bout portant. Fait troublant pour les opérateurs maritimes : le navire disposait des autorisations nécessaires pour transiter par le détroit d’Ormuz et n’avait fait l’objet d’aucune sommation radio préalable. Cet acte est largement perçu comme des représailles directes à la saisie, plus tôt dans la semaine, d’un porte-conteneurs iranien par les forces américaines.
L’impasse géopolitique ne montre aucun signe d’apaisement. Si le président américain Donald Trump a confirmé hier la prolongation du cessez-le-feu terrestre avec l’Iran — une concession demandée par le Pakistan pour faciliter des négociations unifiées —, cette trêve ne s’applique nullement au domaine maritime. Les États-Unis maintiennent un blocus naval strict et ont considérablement élargi leur zone de répression. Traquant le tonnage iranien bien au-delà du Golfe, dans une stratégie rappelant la pression navale exercée sur le Venezuela au début de l’année, les forces américaines ont intercepté mardi le pétrolier sanctionné Tifani dans le sud du golfe du Bengale. Qualifié d’« apatride » par le Pentagone et accusé d’arborer frauduleusement le pavillon du Botswana, le navire a été arraisonné alors qu’il était soupçonné de contrebande de pétrole chargé sur l’île iranienne de Kharg.
Pour les directeurs de la supply chain, les conséquences opérationnelles de cette crise sont systémiques. Depuis que le conflit a virtuellement fermé le détroit d’Ormuz le 28 février, le trafic maritime quotidien s’est effondré de 97 %. Plus de 800 navires commerciaux demeurent bloqués à l’ouest du détroit, immobilisant des flux critiques de marchandises et de matières premières. À ce désastre logistique s’ajoute un drame humain vertigineux, des milliers de marins se retrouvant pris au piège dans des conditions de haute tension. Les Nations Unies ont d’ailleurs officiellement qualifié la situation actuelle à Ormuz de pire crise pour les gens de mer depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les données sectorielles confirment la gravité de la situation. Selon la société d’intelligence artificielle maritime Windward, le premier trimestre de 2026 a été défini par un choc géopolitique majeur. La firme souligne que « la mécanique du transport maritime mondial a été mise à l’épreuve comme elle ne l’a pas été depuis une génération ». Un record mondial a été battu en matière d’interceptions de navires, avec des arraisonnements et détentions en hausse spectaculaire de 160 % par rapport au trimestre précédent.
Parallèlement, la flotte de l’ombre continue de croître pour atteindre plus de 2 100 navires, dont près de 66 % font actuellement l’objet de sanctions. « Cinquante ans après que l’économie mondiale a vacillé sous le coup d’un embargo pétrolier au Moyen-Orient, ce trimestre a ouvert un nouveau point d’inflexion », rapporte Windward dans son bilan trimestriel. Pour les décideurs de la supply chain mondiale, l’avertissement est clair : 2026 s’annonce définitivement comme l’année la plus turbulente pour le transport maritime depuis un demi-siècle, imposant une refonte radicale des stratégies de gestion des risques maritimes.