Déployée pendant seize jours à travers dix-neuf pays d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Afrique de l’Ouest et centrale, l’opération internationale ZAFIRO, la troisième et la plus vaste menée sous l’égide du projet COLIBRI de l’Organisation mondiale des douanes avec le concours financier de l’Union européenne, a permis de placer l’aviation générale sous une surveillance coordonnée et d’aboutir à la saisie de onze appareils ainsi que de plus d’une tonne de stupéfiants.
Représentant l’essentiel des mouvements de l’aviation civile dans le monde et constituant souvent le seul moyen pratique de déplacement ou de transport de marchandises dans les régions reculées, l’aviation générale — qui regroupe les aéronefs privés opérant en dehors des lignes commerciales régulières — attire les réseaux criminels par sa discrétion, l’usage possible de pistes sommaires et une supervision allégée. En Amérique latine, aux Caraïbes et en Afrique de l’Ouest et centrale, les organisations illicites en ont fait un maillon clé des routes de la drogue, l’utilisant également pour acheminer de l’or, des armes et des liquidités, tout en générant d’importantes pertes fiscales pour les finances publiques lorsque les obligations douanières sont contournées.
Face à ces menaces, les administrations douanières, la police, les brigades des stupéfiants, les autorités de l’aviation civile et les forces armées de dix-neuf pays partenaires ont enregistré un total de 1 938 événements opérationnels sur le Géoportail de l’OMD, la plateforme d’intelligence géospatiale développée pour appuyer le programme. Ce bilan comptabilise 1 431 contrôles, 367 observations, 125 pistes d’atterrissage répertoriées — avec notamment 86 pistes clandestines recensées selon le bilan de l’OMD — ainsi que 15 saisies, concrétisant une réorientation engagée depuis trois ans en faveur de contrôles guidés par l’analyse préalable des risques plutôt que par des interventions aléatoires. Le secrétaire général de l’OMD, Ian Saunders, a affirmé que l’opération ZAFIRO constitue une nouvelle preuve que lorsque les douanes et leurs organismes partenaires s’unissent par-delà les frontières, les résultats suivent et la collectivité gagne en sécurité face au trafic illicite de stupéfiants, saluant la communauté de pratique formée d’analystes, d’agents de terrain et de coordinateurs qui perturbent concrètement les filières criminelles exploitant ce vecteur aérien.
Pour la première fois, le dispositif reposait sur trois unités de coordination opérationnelle : une cellule centrale établie à Lisbonne et accueillie par le Centre d’analyse et d’opérations maritimes pour les stupéfiants (MAOC-N), appuyée par deux unités régionales basées à Abidjan et à Buenos Aires. Animées par des coordinateurs régionaux, des experts accrédités de l’OMD, des points de contact nationaux et des analystes du renseignement, ces structures ont assuré une couverture quasi permanente sur plusieurs fuseaux horaires, permettant de profiler les décollages suspects, d’interroger les bases de données et d’alerter le pays de destination pendant que l’appareil se trouvait encore en vol pour planifier un contrôle adapté.
Sur les quinze saisies opérées, quatre ont concerné des stupéfiants pour une masse cumulée d’environ 1,2 tonne, tandis que onze avions légers ont été confisqués dans le département bolivien du Beni lors d’interventions antinarcotiques accompagnées d’arrestations, de saisies de fonds et de la fermeture de plusieurs hangars, retirant ainsi aux trafiquants des biens difficiles à remplacer et offrant aux enquêteurs des sources probatoires précieuses sur la maintenance, le carburant, la géolocalisation et la propriété des appareils. Au Paraguay, les agents ont intercepté 262 kilogrammes de cannabis à bord d’un jet privé arrivé à Asunción depuis les États-Unis après une escale au Panama, le secrétariat national antidrogue attribuant directement cette réussite au partage d’informations du projet COLIBRI. Au Brésil, 490 kilogrammes de cocaïne ont été découverts dans une zone rurale du Tocantins à proximité d’une piste clandestine près d’un aéronef présentant des modifications structurelles, tandis qu’en Argentine, deux saisies de cocaïne totalisant plus de 500 kilogrammes ont ciblé des réseaux exploitant des avions légers, l’une portant sur 470 kilogrammes masqués derrière des fûts de carburant dans une camionnette et l’autre découlant d’une perquisition liée à une précédente affaire de narco-avion.
L’enregistrement inédit des origines, transits et destinations sur le Géoportail a mis en évidence des liaisons directes reliant l’Amérique latine et l’Afrique à l’Europe, un couloir partant de la façade orientale de l’Amérique du Sud et une concentration de trajets entre le golfe de Guinée et les pistes européennes. La grande majorité de ce trafic étant tout à fait légitime, les signalements ont ciblé les vols évalués à haut risque afin de transmettre les renseignements de départ aux autorités européennes en vue d’inspections à l’arrivée. L’opération a également permis de révéler d’autres infractions aéronautiques et douanières, comme l’interception en Côte d’Ivoire de seize œuvres d’art transportées sans déclaration vers Lagos — dossier transmis à Interpol —, le constat au Sénégal de multiples appareils ayant dépassé depuis parfois plusieurs années les délais de leur admission temporaire, ainsi qu’une surveillance accrue des liaisons sensibles au Mali. Enfin, les analystes nationaux formés au renseignement de sources ouvertes et au croisement de données via la plateforme sécurisée CENcomm ont optimisé la qualité des données de terrain, à l’image d’une alerte sur un biréacteur d’affaires au Pérou qui, bien que n’ayant révélé aucune marchandise illicite, a validé la réactivité de toute la chaîne d’alerte et de contrôle coordonné entre deux villes tout en générant des éléments structurés pour le ciblage futur.
Financé par l’Union européenne dans le cadre du Programme sur les flux illicites mondiaux, le projet COLIBRI renforce ainsi durablement les facultés de détection, d’interception et de coopération interservices des administrations partenaires pour contrer l’agilité logistique des organisations criminelles dans l’aviation générale.