Alors que les incidents sécuritaires et les frappes contre les navires marchands s’intensifient autour du détroit d’Ormuz, les flux de pétrole brut en provenance du Moyen-Orient ont franchi un pic d’activité, surpassant leurs volumes d’avant le conflit.
Le transport maritime d’hydrocarbures au Moyen-Orient affiche une résilience opérationnelle inattendue au cœur de tensions régionales aiguës. Selon les données provisoires compilées par l’agence de suivi Kpler, les exportations régionales de brut ont excédé leurs niveaux d’avant-guerre à quatre reprises au cours de la dernière semaine de septembre 2026, oscillant dans une fourchette comprise entre 19,5 et 22,5 millions de barils par jour. La moyenne mobile sur sept jours s’est établie à 18,5 millions de barils par jour au 1er octobre, surpassant la moyenne annuelle d’environ 18 millions de barils par jour enregistrée avant l’embrasement du conflit avec l’Iran le 28 février dernier. Cette dynamique couvre l’ensemble des mouvements maritimes via Ormuz et la mer Rouge, ainsi que les terminaux côtiers et les transbordements de navire à navire (STS) dans le golfe d’Oman, les flux de gaz naturel liquéfié (GNL) quittant le détroit atteignant également en septembre leur plus haut niveau mensuel depuis février.
Ce rétablissement des flux alimente une demande de fret soutenue pour le segment des grands pétroliers, bien que les courtiers anticipent une réorganisation logistique à terme. La société de courtage Sentosa Shipbrokers note ainsi que la progression des exportations du Golfe et la reprise des chargements au terminal de Yanbu consolident la demande physique sous-jacente pour les navires de brut lourd, tout en prévenant qu’une plus grande efficience opérationnelle pourrait comprimer l’activité de transbordement en mer et éroder une partie de la prime de désorganisation exceptionnelle qui soutient les revenus astronomiques des superpétroliers VLCC.
Sur le plan étatique, l’Irak renforce son autonomie d’acheminement à travers la zone de conflit : l’Iraqi Oil Tankers Company (IOTC) a ainsi transporté une cargaison de deux millions de barils via Ormuz à bord d’un VLCC affrété, assumant la prise en charge du brut au-delà du goulet d’étranglement plutôt que de le céder selon les modalités traditionnelles FOB au port de Bassorah, Bagdad menant actuellement des pourparlers pour acquérir sa propre flotte de navires hauturiers.
Cette poussée des tonnages coïncide toutefois avec une brutale accélération des hostilités nautiques, au moins sept incidents visant des pétroliers ayant été signalés aux abords d’Ormuz au cours des premiers jours d’octobre 2026. Parmi les récentes cibles figure le pétrolier de produit raffiné Lipsi, d’une capacité de 115 100 tpl opéré par la compagnie grecque Dynacom Tankers Management, touché dimanche par un projectile non identifié qui a endommagé sa salle des machines sans faire de blessés parmi l’équipage. Cette unité de classe LR2 venait d’être livrée le 24 août par le chantier chinois Shanhaiguan Shipbuilding et accomplissait son voyage inaugural.
D’autres attaques récentes ont entraîné des incendies, des pannes de courant et des pertes de propulsion parmi les navires engagés dans le détroit. L’insécurité maritime s’étend parallèlement à l’axe méridional de la mer Rouge au large du Yémen, où le pétrolier Chrystal Sky, battant pavillon des Îles Marshall, a signalé plusieurs explosions survenues à 60 milles nautiques au sud d’Al Mukha dimanche, dont une détonation aérienne survenue à une centaine de mètres de son flanc tribord, l’agence britannique UKMTO confirmant que l’équipage est indemne et qu’aucune pollution n’a été constatée tandis que le navire poursuivait sa route.