Le conflit armé pesant sur la navigation commerciale au Moyen-Orient franchit un palier critique avec l’attaque d’un chimiquier ayant fait des victimes au large des côtes qataries, à des centaines de milles à l’ouest d’Ormuz, tandis qu’un porte-conteneurs a essuyé des tirs en mer Rouge près de Bab el-Mandeb.
Le théâtre des hostilités contre la flotte de commerce internationale s’étend désormais de manière alarmante au cœur même des eaux du golfe Arabo-Persique. Mercredi soir, le pétrolier-chimiquier Acers (numéro IMO 9301902), immatriculé sous pavillon d’Antigua-et-Barbuda, a essuyé des tirs groupés de projectiles à environ 51 milles nautiques au nord de Madinat ash Shamal, sur la façade maritime septentrionale du Qatar, d’après les rapports de sécurité transmis par le cabinet spécialisé Vanguard. L’agence britannique des opérations maritimes commerciales UKMTO a formellement attesté la frappe aux environs de 19h00 UTC, confirmant la présence de victimes blessées au sein du personnel de bord sans toutefois en chiffrer le nombre exact ni qualifier le degré d’urgence médicale.
Cette agression marque une rupture stratégique majeure sur le plan opérationnel. Alors que la vague de frappes iraniennes engagée contre les navires marchands depuis le 28 septembre s’était jusqu’alors cantonnée aux abords resserrés du détroit d’Ormuz, ce raid perpétré loin à l’ouest du goulot d’étranglement constitue la toute première attaque répertoriée à l’intérieur du Golfe depuis le regain de tensions. Cet élargissement géographique fait planer la menace d’une transformation de l’ensemble du bassin en zone de confrontation militaire ouverte, mettant directement en péril les navires desservant les complexes gaziers et les terminaux pétroliers majeurs du Qatar, de Bahreïn, d’Arabie saoudite, du Koweït et d’Irak, après qu’au moins une douzaine de pétroliers et de méthaniers ont été pris pour cibles autour d’Ormuz entre le 28 septembre et le 5 octobre.
L’insécurité maritime s’est manifestée de façon simultanée sur plusieurs autres points nodaux du transport mondial d’hydrocarbures et de fret unitaire. À environ 22 milles nautiques à l’est du grand centre de soutage de Fujaïrah, un incendie a éclaté à bord du superpétrolier de type VLCC Dhalkut, unité sous pavillon des Îles Marshall opérée par la compagnie Asyad et affrétée par le négociant en matières premières Trafigura, à la suite d’une suspicion de frappe. Concomitamment, dans le sud de la mer Rouge, le porte-conteneurs CUL Klang d’une capacité de 2 400 EVP, exploité par la compagnie maritime chinoise CU Lines, a été la cible de tirs nourris émanant d’embarcations armées mercredi vers 06h15 UTC au large des côtes yéménites de Mocha alors qu’il remontait en direction du nord, son équipage étant parvenu à s’extraire sans dommages dans un climat d’affrontements renouvelés autour du détroit de Bab el-Mandeb.