Face à l’explosion sans précédent de 136 % des cas d’abandon de marins à travers le globe, l’Université maritime mondiale (WMU) engage une vaste recherche scientifique pour évaluer les faiblesses réglementaires et protéger les droits des équipages.
La détresse humaine à bord des navires de commerce atteint des sommets alarmants. En réponse à une recrudescence historique des équipages abandonnés par leurs armateurs à travers le monde, l’Université maritime mondiale (World Maritime University – WMU), basée à Malmö en Suède, vient de lancer un projet de recherche d’envergure internationale intitulé « L’abandon des marins : une enquête approfondie sur la mise en œuvre de la réglementation ».
Des chiffres records de détresse humaine
Cette décision intervient après deux années de crise humanitaire maritime sans précédent. Les signalements d’abandons ont bondi de 136 % en 2024. En 2025, la base de données conjointe de l’Organisation maritime internationale (OMI) et de l’Organisation internationale du travail (OIT) a enregistré une nouvelle augmentation de 31 %, atteignant un record absolu de 410 nouveaux cas impliquant plus de 6 000 marins privés de salaire, de vivres, et de soutien médical.
Le projet de la WMU, financé par de grandes organisations philanthropiques telles que The TK Foundation, The ITF Seafarers’ Trust et The Seafarers’ Charity, analysera la mise en œuvre concrète de la Convention du travail maritime (MLC, 2006) par les États du pavillon, les États du port et les États fournisseurs de main-d’œuvre. L’objectif est d’identifier les vides juridiques qui permettent à des armateurs peu scrupuleux de fuir leurs obligations et de proposer des recommandations politiques concrètes pour renforcer les droits des marins.
Une résonance forte pour l’ISEM au Maroc et l’ENSM en France
Le Maroc et la France sont des nations maritimes de premier plan dotées d’institutions d’enseignement d’excellence comme l’ISEM (Institut Supérieur des Études Maritimes) à Casablanca et l’ENSM (École Nationale Supérieure Maritime) en France. Pour les futurs officiers et marins formés dans ces institutions, cette recherche est d’une importance capitale.
Le Maroc, en tant que membre actif de l’OMI et État du port stratégique via Tanger Med, joue un rôle majeur dans l’application de la convention MLC 2006. Cette étude aidera les inspecteurs des affaires maritimes marocains et français à mieux identifier les signaux d’alerte à bord des navires faisant escale dans leurs eaux territoriales, évitant ainsi que des drames d’abandons prolongés ne se déroulent dans nos ports nationaux.