La Russie importe ce mois-ci près de 270 000 tonnes de carburants raffinés en provenance d’Asie — un renversement extraordinaire des flux du commerce pétrolier, conséquence directe des frappes ukrainiennes répétées sur les raffineries de l’un des plus grands producteurs d’énergie au monde.
Selon des données préliminaires citées par Reuters, environ un tiers du volume d’août provenait d’Inde, le reste ayant été chargé via transferts ship-to-ship au large de la Corée du Sud et de la Malaisie. Aucune livraison asiatique comparable n’était parvenue en Russie en juillet.
Le renversement est spectaculaire : le géant énergétique, exportateur historique de produits raffinés, se retrouve aujourd’hui contraint de faire revenir vers ses ports des carburants transformés dans des raffineries asiatiques — souvent à partir de son propre pétrole brut décoté.
La campagne ukrainienne soutenue contre les infrastructures énergétiques russes d’aval porte ses fruits. Les arrêts forcés de raffineries ont déclenché une pénurie de carburant à travers le pays : les autorités d’au moins dix régions ont durci ce mois-ci le contrôle des ventes, tandis que l’essence a de nouveau disparu de certaines stations autour de Moscou.
Moscou a réagi par une série de mesures pour retenir davantage de carburant sur le marché intérieur. Depuis le 1er août, la Russie a imposé une interdiction temporaire des exportations d’essence, de diesel, de fioul marin et de gasoil, avec des restrictions qui courront jusqu’au 31 janvier prochain — quoique des exemptions s’appliquent aux exports de certains producteurs dès septembre.
Cette situation illustre à quel point le commerce énergétique russe s’est distordu. L’Inde, devenue l’un des plus grands acheteurs de brut russe décoté depuis l’invasion de l’Ukraine, fait maintenant naviguer le pétrole russe vers l’est pour le raffiner, avant que certains produits finis n’entreprennent le long voyage du retour vers la Russie. Dans le même temps, les dégâts subis par les raffineries russes ont parfois laissé Moscou avec davantage de pétrole brut disponible à l’exportation, précisément parce qu’il ne peut être traité sur place.
Source : « Russian fuel shortages reverse tanker trade flows », Splash 24/7, 21 août 2026