Face au retour massif des porte-conteneurs sur la route de la mer Rouge et du canal de Suez, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a reconnu que la mission navale Aspides manque cruellement de bâtiments de guerre pour escorter les convois commerciaux en attente au détroit de Bab el-Mandeb.
Les navires marchands effectuant la traversée du sud de la mer Rouge sont désormais contraints de patienter en file d’attente pour bénéficier d’une protection militaire, l’Union européenne ayant formellement reconnu que son opération navale défensive Aspides ne dispose pas d’un nombre suffisant de frégates pour répondre à la demande croissante des compagnies maritimes. Cette déclaration sans détour a été formulée par la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, à l’issue d’une réunion ministérielle des ministres de la Défense tenue ce lundi à Bruxelles, confirmant que des bâtiments commerciaux patientent pour obtenir une escorte alors que les moyens navals européens disponibles demeurent en deçà des impératifs opérationnels.
Cet engorgement sécuritaire résulte directement du basculement récent et massif des transporteurs réguliers vers l’itinéraire trans-Suez, le cabinet d’analyse maritime Linerlytica ayant recensé le retour de plus de 140 porte-conteneurs cumulant une capacité supérieure à 2 millions d’EVP sur cet axe depuis le mois de mai. La semaine écoulée s’est ainsi imposée comme la plus dense en transits de navires de ligne via le canal de Suez depuis le déclenchement de la crise régionale en 2024, avec le passage comptabilisé de trente grands porte-conteneurs d’une jauge supérieure à 4 000 EVP.
Cette tension logistique avait déjà conduit l’Italie à envisager des actions d’escorte autonomes pour ses propres intérêts sans attendre la planification centralisée d’Aspides, une dizaine de navires sous contrôle ou pavillon transalpin s’étant retrouvés en attente de franchissement sécurisé au début du mois. Déployée depuis 2024 pour prémunir le trafic civil contre les frappes de missiles et de drones menées par le mouvement houthi, la mission européenne s’appuie principalement sur des navires fournis par la marine italienne et la marine grecque, avec des contributions ponctuelles de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne, des Pays-Bas et de la Belgique.
Alors que le plan d’engagement initial tablait sur un minimum de dix bâtiments de combat pour assurer une couverture adéquate, les effectifs déployés sont restés chroniquement inférieurs à cette cible, tandis que l’environnement tactique s’est considérablement dégradé avec la reprise des actions houthies et leur progression sur des positions côtières surplombant le détroit de Bab el-Mandeb, notamment sur l’île de Périm. Si deux États membres de l’UE ont manifesté leur disposition à détacher des unités supplémentaires, Bruxelles insiste sur le besoin impératif de frégates dotées de capacités de défense antiaérienne renforcée plutôt que de simples coques auxiliaires.
Source : Splash247