Porté par une demande mondiale en tonnes-milles en hausse de 6,7 % au premier semestre 2026 et l’explosion des exportations minières ouest-africaines, le marché du transport de vrac sec enregistre une nette accélération des revenus d’affrètement et des valorisations d’actifs.
Les fondamentaux du marché du transport de vrac sec affichent une convergence haussière inédite depuis plusieurs exercices, combinant progression soutenue des volumes transportés, allongement structurel des distances maritimes, fermeté des taux d’affrètement à terme et renchérissement continu de la valeur marchande des navires. Selon les dernières analyses publiées par la société de courtage maritime Ursa Shipbrokers, la demande mondiale en tonnes-milles pour le vrac sec a atteint 16 310 milliards au cours des six premiers mois de l’année 2026, traduisant une progression de 6,7 % en glissement annuel et établissant un niveau record pour un premier semestre depuis une décennie. Alors que les volumes physiques de cargaisons n’ont progressé que de 3,2 %, chaque tonne transportée a parcouru en moyenne une distance supérieure de 3,4 %.
Cette dynamique favorable repose sur un déséquilibre manifeste entre l’offre et la demande navale, la flotte active n’ayant crû que de 3,2 % sur la même période, maintenant ainsi la demande de transport largement au-dessus du rythme de livraison des capacités nautiques. Cette tension s’explique notamment par la recomposition de la géographie des échanges maritimes, tirée par la montée en puissance spectaculaire de l’Afrique de l’Ouest. Les exportations naissantes de minerai de fer en provenance de Guinée ont ainsi cumulé 11,81 millions de tonnes entre janvier et août 2026, absorbant à elles seules la totalité de la croissance nette du commerce mondial de ce minerai. Une rotation entre la Guinée et la Chine représente environ 11 254 milles nautiques, soit une distance équivalente aux flux reliant le Brésil à la Chine et plus de trois fois supérieure à celle séparant l’Australie occidentale de l’Asie.
Le segment de la bauxite génère un impact logistique encore plus marqué, les expéditions guinéennes affichant un bond d’environ 20 % depuis le début de l’année, tandis que la montée en cadence du mégaprojet de Simandou génère une demande accrue sur les liaisons au long cours pour les navires de classe Capesize. D’autres matières premières agricoles et industrielles soutiennent ce mouvement, le courtier Banchero Costa rapportant une hausse de 6,4 % des chargements mondiaux de soja à 122,6 millions de tonnes sur les huit premiers mois de l’année, stimulée par une augmentation de 4 % des importations chinoises et un bond de près de 31 % des exportations américaines de soja, un facteur prometteur pour l’emploi des vraquiers Panamax à l’approche de la haute saison d’exportation de l’hémisphère nord.
Cette vigueur opérationnelle irrigue l’ensemble des segments de flotte. Banchero Costa a évalué les revenus journaliers des Capesize au-delà des 52 000 dollars par jour la semaine dernière, parallèlement à des progressions de 6,9 % pour les Panamax, 1,1 % pour les Supramax et 2,3 % pour les Handysize, le courtier Intermodal signalant une moyenne de l’indice Baltic Dry Index (BDI) établie à 3 432 points, en appréciation de 2 %. Le marché des transactions d’occasion valide avec force cette tendance, VesselsValue constatant que les taux d’affrètement à un an pour les Capesize ont atteint en septembre leur sommet depuis plus de dix ans, avec une hausse mensuelle de 7,9 % de la valeur des unités âgées de 20 ans, tandis qu’Intermodal chiffre la progression des Capesize de 5 ans à 3,5 % et celle des Kamsarmax à 2,8 % en septembre.
Cette revalorisation des actifs se matérialise par des transactions de grande envergure, à l’image de la cession rapportée des deux très grands minéraliers (VLOC) jumeaux Houheng 5 et Houheng 6, d’une capacité de 261 000 tpl construits en 2017, négociés entre 70 et 72 millions de dollars chacun, des montants inédits depuis dix ans pour des unités de cette catégorie. La maison de courtage Affinity estime ainsi que les valorisations dans le vrac sec ont progressé en moyenne de 13 % cette année, avec des pointes de 19 % pour les Ultramax et de 18 % pour les navires âgés de dix ans, les armateurs se livrant à des enchères offensives pour s’assurer des tonnages disponibles immédiatement.